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Photo © Hassan Hajjaj : Billie Eilish, série My Rock Stars (2019), courtesy 193 Gallery Paris et Hassan Hajjaj Studio
Les cimaises sont faites de caisses d’eau Evian empilées. Les cadres sont bordés de boîtes de conserve. Et sur les murs, Billie Eilish, Madonna, Rachid Taha ou encore Lee « Scratch » Perry posent devant des tissus saturés de motifs. Depuis le 22 septembre et jusqu’au 25 avril 2027, le Musée de la musique, à la Cité de la musique de Paris, consacre une exposition au photographe, styliste et plasticien anglo-marocain Hassan Hajjaj. Sous le titre « My Rock Stars », cette expo réunit quelques 35 photographies, avec une bande-son originale du groupe Acid Arab.
Hassan Hajjaj naît en 1961 à Larache, port de la côte atlantique, au nord du Maroc. Il passe son adolescence dans le Londres des années 1980, celui du reggae, du dub et du hip-hop. Pas d’école d’art. Il aborde la mode, le design et la photographie en autodidacte, avec la logique du collage et du remix qu’il entend autour de lui. Comme les Maliens Malick Sidibé et Seydou Keïta avant lui, il photographie ses proches, souvent habillés par ses soins, devant des fonds chargés de couleurs et de motifs. C’est la première partie du parcours, intitulée From Larache to London.
Dans les années 1990, Hassan Hajjaj se tourne vers Marrakech et vers la culture gnaoua. Il part d’abord sur les routes du Maroc pour photographier les vieux maîtres, avant de multiplier les collaborations. Les Gnaouas descendent d’Africains subsahariens, venus en grande partie de l’actuel Mali et amenés au Maghreb comme esclaves. Leur nom viendrait du berbère « agnaw », le muet : celui qui ne parle pas la langue. Ils forment une confrérie musulmane mystique dont les rites mêlent l’islam du Maghreb et d’anciens cultes de possession d’Afrique subsaharienne. La cérémonie centrale est la lila, une nuit de transe dont le but est de soigner. Le maâlem la dirige au guembri, un luth à trois cordes au son grave, et les qraqeb, de grosses castagnettes en métal, répètent le même motif rythmique pendant des heures. Depuis 2019, la musique gnaoua est inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO. À Essaouira, le festival Gnaoua et Musiques du Monde, créé en 1998, réunit chaque année les maâlems et des musiciens venus du monde entier.. Il photographie les maâlems avec le même dispositif que les stars de la pop qui viendront plus tard, sans hiérarchie entre les uns et les autres. Le maâlem Babohot a ainsi sa place dans la même exposition que Madonna. La deuxième partie, Gnawa Connection, leur est consacrée.
Le surnom vient de son ami Rachid Taha, disparu en 2018 : Andy Warhol croisé avec walou, « rien » en darija, l’arabe dialectal marocain. Hassan Hajjaj en a fait le nom de sa marque de vêtements, et la troisième partie de l’exposition s’appelle Andy Wahloo, la fabrique des images. Entre quinze et vingt portraits de musiciens connus dans le monde entier y sont accrochés : Madonna, Marshmello, Billie Eilish, Rachid Taha, mais aussi Alicia Keys, Swizz Beatz, Keziah Jones ou Souad Massi.
Chaque séance suit un protocole précis, avec lunettes, chapeaux, chaussettes et vêtements taillés sur mesure. Hassan Hajjaj photographie le plus souvent en lumière naturelle. Dans Le360, la journaliste Zineb Ibnouzahir note que ces séances prennent « des airs de véritables performances ». Tous ces costumes et accessoires sont exposés à côté des tirages.
Le portrait de Billie Eilish choisi pour l’affiche vient d’une commande de Vogue américain, pour le numéro de mars 2020. En couverture, la chanteuse porte une veste et un collier Gucci devant un fond à motifs. Sur une autre image de la série, elle porte un blazer taillé dans le drapeau du Wydad AC, le club de football de Casablanca, et pose devant un tapis de paille comme on en voit dans toute l’Afrique du Nord. Une star de Los Angeles en couleurs de supporter casablancais.
Les boîtes de conserve des cadres sont récupérées, ou fabriquées par l’artiste lui-même. Les commissaires, Marion Challier et Inès Geoffroy, expliquent que Hassan Hajjaj tient à la récupération comme principe de vie. Elles ont donc choisi de ne rien construire pour accrocher ses œuvres, et la scénographie de Georgiana Savuta-Idier utilise des caisses d’Evian. Son travail de designer est aussi montré : motifs, formats, couleurs et beaucoup de typographie arabe, prélevés puis réassemblés, un peu comme dans un mix.
Le Musée de la musique a commandé une création originale à Acid Arab, groupe français d’électro orientale. Rythmes ancestraux, pulsations techno, énergie punk, disco et rap s’y mélangent, en hommage aux musiques d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. Pour les commissaires, cette bande-son suit le parcours diasporique et musical du photographe. Sur Radiophare, on aime l’i

dée d’une exposition de photographies qui se visite aussi avec les oreilles.
Le parcours déborde dans la collection permanente du musée. Des œuvres et des objets de Hassan Hajjaj y côtoient les instruments historiques, dont plusieurs instruments que l’artiste a fabriqués pour l’occasion. Une table ronde en sa présence, des concerts de musiques traditionnelles et une soirée andalouse sont programmés pendant l’exposition, organisée dans le cadre de la Saison Méditerranée 2026 avec le soutien de l’Institut français.
Dans l’exposition, un photocall attend les visiteurs. Lunettes, chapeaux et chaussettes sont mis à disposition, et chacun peut poser, le temps d’une photo, dans un décor de Hassan Hajjaj.
Musée de la musique, Cité de la musique, Philharmonie de Paris,
221 avenue Jean-Jaurès, Paris 19ème.
Métro Porte de Pantin (ligne 5), tramway 3b. Du 22 septembre 2026 au 25 avril 2027. Du mardi au vendredi de 12h à 18h, samedi et dimanche de 10h à 18h, fermé le lundi.
Zineb Ibnouzahir, « My Rock Stars : Hassan Hajjaj investit la Philharmonie de Paris », Le360, 11 septembre 2026.
Écrit par: Olivier AHR
Acid Arab Billie Eilish Cité de la musique exposition photo Paris gnaoua Hassan Hajjaj Madonna Musée de la musique My Rock Stars Philharmonie de Paris Pop Culture Rachid Taha Radiophare
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