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Photo Ella Maillart : "Sans titre, 1935, République de Chine. © Succession Ella Maillart et Photo Elysée, Lausanne
Jusqu’au 1er novembre 2026, Photo Elysée, le musée de la photographie installé à Plateforme 10, à côté de la gare de Lausanne, consacre une exposition à Ella Maillart (1903-1997), voyageuse, écrivaine et photographe suisse. L’exposition s’appelle Récits photographiques et l’entrée est gratuite.
L’occasion est officielle. En avril 2025, les archives d’Ella Maillart entrent au registre Mémoire du monde de l’UNESCO, en même temps que celles de son amie Annemarie Schwarzenbach. Photo Elysée conserve ses photographies et ses films depuis 1988, la Bibliothèque de Genève ses écrits.
Ella Maillart naît le 20 février 1903 à Genève. En 1913, sa famille s’installe au Creux-de-Genthod, au bord du Léman, et elle apprend la voile avec sa voisine Hermine de Saussure, dite Miette. L’hiver, c’est le ski et le hockey. En 1924, elle court en voile aux Jeux olympiques de Paris. Entre 1931 et 1934, elle défend les couleurs de la Suisse aux championnats du monde de ski.
En 1930, après plusieurs emplois qui ne la satisfont pas, elle part pour l’Union soviétique. Six mois à Moscou, puis le Caucase. Elle en tire son premier livre, Parmi la jeunesse russe.
L’exposition suit les quatre grands périples qu’elle entreprend dans les années 1930.
En 1932, Ella Maillart parcourt le Turkestan russe et aperçoit pour la première fois la Chine depuis les sommets qu’elle gravit. Elle raconte ce voyage dans Des monts célestes aux sables rouges. En 1934, le quotidien français Le Petit Parisien l’envoie comme journaliste en Mandchourie, au nord-est de la Chine, où le Japon a installé un État fantoche, le Mandchoukouo.
En 1935, elle retrouve à Pékin l’écrivain et officier britannique Peter Fleming, le frère aîné de Ian Fleming, futur créateur de James Bond. Ensemble, ils prennent la route du Xinjiang, une région du nord-ouest de la Chine interdite aux étrangers et déchirée par une guerre civile. Sept mois de route, plus de 6000 kilomètres, de Pékin jusqu’en Inde. Le livre qui en sort s’appelle Oasis interdites.
En 1939 enfin, elle quitte Genève pour Kaboul en Ford avec Annemarie Schwarzenbach. À l’annonce de la Seconde Guerre mondiale, Annemarie Schwarzenbach rentre en Europe et Ella Maillart s’installe en Inde, où elle reste jusqu’en 1945. Ce voyage deviendra La Voie cruelle, un récit écrit sous forme de roman.
Sur place, elle photographie au Leica. De retour en Suisse, elle annote ses tirages avec précision.
Une centaine de tirages réalisés pour l’occasion, accompagnés d’extraits de ses livres et d’objets originaux. Les titres des photos reprennent les annotations d’Ella Maillart elle-même. Parmi les objets, sa cartothèque : 48 boîtes et des centaines de cartes où elle associe images et légendes pour chaque voyage. On y trouve des photographies jamais publiées.
Le parcours montre aussi des lieux qui n’existent plus sous cette forme : la mer d’Aral, asséchée depuis par l’exploitation agricole, ou les Bouddhas de Bâmiyân en Afghanistan, détruits par les talibans en 2001. Et beaucoup de femmes au travail, qui cueillent le coton, filent la laine, cuisent le pain.
Parmi les images exposées, il y a un studio de portrait en plein air. Une famille de cinq personnes pose devant une toile peinte, à côté du kiosque du photographe dont les portes ouvertes montrent ses tirages. Des badauds observent la scène, quelques-uns se retournent vers l’objectif. Au centre, le photographe du kiosque installe sa prise de vue. Derrière son propre appareil, Ella Maillart cadre l’ensemble, lui compris.
Dans sa critique publiée par e-flux, Kaelen Wilson-Goldie écrit que, très sensible aux circonstances, Ella Maillart n’a jamais développé de méthode photographique unifiée (« Highly sensitive to circumstance, Maillart never developed a unified set of photographic strategies »). Elle regrette aussi que l’exposition se contente d’esquisser ce que pourrait être un travail plus approfondi sur sa vie et son œuvre, et rappelle qu’Ella Maillart, très aimée en Suisse, reste peu connue ailleurs.
Après la guerre, Ella Maillart partage son temps entre Genève et Chandolin, dans le Val d’Anniviers. De 1957 à 1987, elle guide des voyages en Asie et donne de nombreuses conférences où elle projette ses photographies. Elle meurt à Chandolin le 27 mars 1997, à 94 ans.
Sur Radiophare, on aime les expositions où le texte et l’image se répondent, peut-être parce que c’est aussi ce que fait une bonne pochette de disque. Ici, une citation d’Oasis interdites accrochée au mur décrit une cour où sèchent au soleil des milliers de rectangles colorés : les billets de banque de la république doungane, imprimés à la main sur du papier d’écorce de mûrier, que des garçons empilent par paquets de cent.
Photo Elysée, Place de la Gare 17, Lausanne (Suisse). Jusqu’au 1er novembre 2026. Ouvert les lundi, mercredi, vendredi, samedi et dimanche de 10h à 18h, le jeudi de 10h à 20h, fermé le mardi. Entrée gratuite.
Photo Ella Maillart : « Sans titre, 1935, République de Chine. © Succession Ella Maillart et Photo Elysée, Lausanne
Écrit par: Olivier AHR
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