Le clin d'œil du jour

Bob Dylan : une chanson d’actualité

today23.10.2026

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Une chanson d’actualité

Il y a 63 ans, le 23 octobre 1963, Bob Dylan entre au Studio A de Columbia Records, au 799 Septième Avenue à New York, et enregistre en une seule prise « The Times They Are A-Changin' ». Il a 22 ans. Le lendemain, 24 octobre, entre 10 heures et 13 heures, la version définitive est gravée avec Tom Wilson à la production.

Ces jours-ci, en France, la rue, le Gouvernement et l’Assemblée s’agitent, les arguments fallacieux fusent. Ce titre de 1963 lui, donne le ton en 2026.

Une chanson écrite pour son époque

Bob Dylan écrit la chanson en septembre et octobre 1963. Son ami Tony Glover en aperçoit un premier manuscrit, posé sur une table de l’appartement, au milieu d’autres textes et poèmes. L’Amérique se déchire alors à propos de la lutte pour les droits civiques, et Bob Dylan ne cherche pas l’allusion discrète. Il veut écrire un hymne pour son temps. En 1985, il le dit sans détour à Cameron Crowe, pour le livret du coffret Biograph : « This was definitely a song with a purpose » (C’était clairement une chanson avec un but).

Des ballades irlandaises et écossaises

Dans ce même entretien, Bob Dylan cite ses modèles : les vieilles ballades irlandaises et écossaises qui commencent par interpeller l’auditoire, du type « Come All Ye Bold Highway Men » ou « Come All Ye Tender Hearted Maidens ». Sa chanson reprend le procédé, et chaque couplet vise quelqu’un.

Ce que dit la chanson

Le premier couplet s’adresse à tout le monde. Le changement arrive, il est déjà là, et ceux qui refusent de le voir risquent d’être emportés.

Le second se tourne vers les écrivains et les critiques : qu’ils restent attentifs et se gardent des verdicts trop rapides, l’histoire n’a pas encore choisi son camp.

Le troisième interpelle les sénateurs et les membres du Congrès. Bob Dylan leur demande de ne pas faire barrage, parce que la colère du dehors finira par atteindre leurs bureaux.

Le quatrième parle aux parents, priés de ne pas juger un monde qui leur échappe et de laisser la place à une jeunesse qui ne leur demande plus la permission.

Enfin, le dernier couplet annonce que les positions acquises ne le resteront pas et que l’ordre ancien est en train de passer.

La chanson ne cite aucun nom, aucune date, aucun événement précis. Peut-être est-ce pour cela qu’elle se laisse rattacher à chaque époque agitée, la nôtre comprise.

Ce qu’on entend

Sur Radiophare, on aime la nudité de cet enregistrement. Une guitare acoustique, un harmonica fixé sur son rack, une voix. Pas de refrain au sens pop du terme. Chaque couplet se termine sur le titre, puis l’harmonica reprend la mélodie d’un souffle un peu rêche avant que la voix revienne, toujours au même tempo, comme si les couplets s’empilaient les uns sur les autres. Rien d’autre pendant trois minutes et quinze secondes.

La suite

Moins d’un mois après la séance, le 22 novembre 1963, John F. Kennedy est assassiné à Dallas. L’album The Times They Are a-Changin’, troisième disque de Bob Dylan et le premier composé uniquement de ses propres chansons, sort au début de l’année 1964. Il se classe vingtième aux États-Unis, où il deviendra disque d’or, et quatrième au Royaume-Uni en 1965.

La chanson ne sortira jamais en single aux États-Unis. Au Royaume-Uni, le 45 tours paraît le 8 mars 1965 et grimpe à la neuvième place du classement britannique. C’est le premier succès de Bob Dylan en single outre-Manche. En 2004, le magazine Rolling Stone la classe 59ème de sa liste des 500 plus grandes chansons de tous les temps.

Les reprises

The Byrds l’enregistrent en 1965 pour leur album Turn! Turn! Turn!, avec les guitares électriques du folk-rock. La même année, The Beach Boys la glissent dans Beach Boys’ Party!. Suivent Nina Simone, Joan Baez, Simon & Garfunkel, Billy Joel, Bruce Springsteen, et plus tard Brandi Carlile, qui la chante en 2020 avec Mike McCready, le guitariste de Pearl Jam, pour le concert en ligne Peace Through Music. En France, Hugues Aufray l’adapte sous le titre « Les temps changent » sur son album Aufray chante Dylan.

Sur Radiophare, on la garde telle quelle, dans sa version du 24 octobre 1963 : un garçon de 22 ans, un jeudi matin à New York, seul avec sa guitare et son harmonica.

Photo © Barry Feinstein : Bob Dylan pour la couverture de l’album The Times They Are a-Changin’ (1964)

Bob Dylan, entretien avec Cameron Crowe, livret du coffret Biograph, Columbia Records, 1985.

Écrit par: Olivier AHR

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