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Sur les rives du lac de Neuchâtel, un festival né d’une bande de copains cinéphiles compte aujourd’hui parmi les rendez-vous les plus courus du cinéma de genre en Europe. Sur Radiophare, on aime les histoires qui commencent modestement et qui durent.
Le NIFFF (Neuchâtel International Fantastic Film Festival) est né en 1999, sur les bases de l’ancien festival Outer Space. Trois amis passionnés, Anaïs Emery, Pierre-Yves Jeanneret et Olivier Muller, ont monté le projet et organisé une première édition en mai 2000. L’année suivante, faute de moyens, le festival n’a pas pu se tenir. Il a repris en 2002 et adopté dès lors un rythme annuel, la première semaine des vacances scolaires neuchâteloises de juillet.
Le NIFFF construit sa programmation autour d’un axe principal, le cinéma fantastique, complété par deux volets : le cinéma d’Asie et la création digitale. Le festival donne un sens très large au mot fantastique : y entre tout film qui s’écarte du réel ordinaire, qu’il s’agisse d’un blockbuster, d’un film d’auteur, d’une comédie noire ou d’une installation numérique. Sa récompense phare, le trophée H.R. Giger « Narcisse du meilleur film », porte le nom du sculpteur et designer suisse qui l’a conçu, créateur des créatures d’« Alien » et lauréat d’un Oscar en 1980. La ville de Neuchâtel le dote de 10 000 francs suisses.
En 2005, pour sa cinquième édition, le festival a obtenu un premier soutien financier de l’Office fédéral de la culture. Son directeur d’alors, Olivier Müller, a confié au Temps avoir été « très près de l’obtenir l’année passée déjà ». Le NIFFF a rejoint la même année la Fédération européenne des festivals de film fantastique. Au fil des éditions suivantes, la fréquentation a régulièrement grimpé, dépassant les 60 000 spectateurs dès la 22e édition. Des cinéastes comme George A. Romero, Joe Dante, John Landis, Terry Gilliam, Eli Roth ou Hideo Nakata ont fait le déplacement jusqu’au bord du lac.
Du 3 au 11 juillet, le NIFFF a soufflé ses 25 bougies sous le thème « Happy Birthday ! », qui détournait la fête d’anniversaire en prétexte à toutes les dérives narratives. L’édition s’est ouverte avec « Nightborn », de la réalisatrice finlandaise Hanna Bergholm, en présence de son actrice principale Seidi Haarla. Trois personnalités ont reçu des prix spéciaux : la romancière britannique Samantha Shannon, le cinéaste français Bertrand Mandico et le réalisateur indien S.S. Rajamouli. L’illustrateur John Howe, installé à Neuchâtel et à qui l’on doit une grande partie de l’univers visuel de Tolkien au cinéma, aujourd’hui à l’œuvre sur la série « Les Anneaux de Pouvoir », a donné une conférence aux côtés du directeur créatif de The Yard VFX, Laurens Erhmann, sur la construction des mondes imaginaires à l’écran. (Le programme complet)
Depuis décembre 2025, Kate Reidy assure la direction artistique du festival, et Hugues Voumard la direction administrative et opérationnelle. Les deux ont succédé à Pierre-Yves Walder.
La place des Halles, au cœur de la vieille ville, s’est transformée en salle à ciel ouvert. Le festival y a dressé un écran géant de 18 mètres, entouré de transats disposés sur les pavés, pour près de 800 spectateurs. Le programme a mêlé classiques restaurés, dont « Mulholland Drive » de David Lynch, et projections gratuites dès 21h pour les habitants du quartier. Le festival y a aussi retransmis cinq matchs du Mondial de football, disputé au même moment.
Neuf jours de festival, 129 œuvres venues de 33 pays, environ 165 invités et une fréquentation estimée à 61 000 spectateurs plus tard, le jury a remis le Narcisse H.R. Giger du meilleur film à « Hen », premier long métrage du réalisateur sud-africain Nico Scheepers. Tourné en noir et blanc, le film raconte l’irruption d’un enfant sauvage dans une communauté rongée par la peur et le fanatisme religieux. La cérémonie de clôture s’est refermée sur la projection, hors compétition, du film sud-coréen « Colony » de Yeon Sang-ho.
Sur les pavés de la place, l’écran de 18 mètres a dominé la scène, entouré de transats où les festivaliers ont regardé, une fois la nuit tombée, des classiques restaurés projetés à la belle étoile. Vingt-cinq ans après une première édition organisée avec les moyens du bord, le fantastique a occupé le décor le plus quotidien qui soit, une place de marché, pour y raconter, une fois de plus, ce qui déborde du réel.
Source : Nicolas Dufour, « Nifff, l’enfant terrible adoubé par Berne », Le Temps, 28 juin 2005. Informations complémentaires : RTS, Cineuropa, Wikipédia et communiqués du NIFFF, juin-juillet 2026.
La bande annonce de « Hen », le film lauréat 2026
Écrit par: Olivier AHR
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