Le mot saudade n’a pas d’équivalent exact en français. Au Brésil et au Portugal, il désigne le manque d’un lieu ou d’une personne, une nostalgie qui n’empêche pas de danser. Ce premier épisode part de ce mot et circule entre Rio, La Havane, Madrid et Montréal pendant près de deux heures et demie.
Le voyage commence par « Nova » d’Amon Tobin, producteur né à Rio et installé en Angleterre, puis rejoint La Havane. Rubén Blades, le Buena Vista Social Club et les Estrellas De Areíto posent le son cubain, que l’on retrouve plus loin avec Eliades Ochoa et Omara Portuondo.
Le Brésil occupe le cœur de l’épisode. João Gilberto chante « Chega De Saudade », la chanson d’Antonio Carlos Jobim et Vinicius de Moraes qui lance la bossa nova en 1958. Sa fille Bebel Gilberto apparaît deux fois, avec « Simplesmente » et avec « Cada Beijo » remixé par Thievery Corporation. Marcos Valle, Celso Fonseca, Lenine, Seu Jorge et Cibelle montrent ce que devient ensuite la musique brésilienne, entre samba, MPB (Música Popular Brasileira) et machines.
Le duo de Washington D.C., Thievery Corporation, revient quatre fois, de The Mirror Conspiracy en 2000 jusqu’à Saudade en 2014, un album entièrement tourné vers la bossa nova.
Quelques détours changent la couleur du trajet : la musique d’Alberto Iglesias pour Tout sur ma mère de Pedro Almodóvar, le compositeur japonais Jun Miyake, Calexico depuis l’Arizona, Kruder & Dorfmeister depuis Vienne.
La francophonie se glisse aussi dans la sélection. Bïa chante Caetano Veloso en français, Paco Ibáñez a mené l’essentiel de sa carrière en France, Yuri Buenaventura s’est fait connaître avec une version salsa de « Ne me quitte pas » de Jacques Brel, et le duo français Âme Strong apporte « Tout Est Bleu ». Lhasa de Sela, depuis Montréal, précède « Saudade Fez Um Samba » de Marissa, qui referme l’épisode.
Les 34 titres s’enchaînent sans pause, entre une introduction et une conclusion.
Bonne écoute !
Tracklist annotée
« Nova », Amon Tobin (Permutation, 1998). Producteur né à Rio de Janeiro et installé au Royaume-Uni, signé chez Ninja Tune.
« Deixa », Cibelle (Cibelle, 2003). Chanteuse de São Paulo, révélée aux côtés du producteur Suba sur São Paulo Confessions en 1999.
« Ojos De Perro Azul », Rubén Blades & Son Del Solar (Live!, 1990). Chanteur panaméen de la salsa new-yorkaise. Le titre reprend celui d’une nouvelle de Gabriel García Márquez.
« Chan Chan », Buena Vista Social Club (Buena Vista Social Club, 1997). Album enregistré à La Havane sous la direction de Ry Cooder et Juan de Marcos González. Le titre est signé Compay Segundo.
« Hasta Pantojo Baila Mi Son », Estrellas De Areíto (Estrellas De Areíto). Réunion des musiciens cubains du label d’État Areíto, enregistrée à La Havane en 1979.
« Felicidade », Suba (Downtown Lounge). Mitar Subotić, producteur serbe installé à São Paulo, mort en 1999.
« Brigas Nunca Mais », Paula Morelenbaum (Brazilian Lounge). Chanteuse brésilienne, partenaire de Ryuichi Sakamoto dans le trio Morelenbaum2/Sakamoto. Chanson d’Antonio Carlos Jobim et Vinicius de Moraes.
« El Aire De Los Chopos », Paco Ibáñez (Canta A José Agustín Goytisolo). Chanteur espagnol né à Valence, longtemps installé en France, qui met en musique les poètes espagnols.
« Cœur vagabond », Bïa (Cœur Vagabond, 2006). Chanteuse brésilienne installée en France puis au Québec. Adaptation française de « Coração Vagabundo » de Caetano Veloso.
« Água De Côco », Marcos Valle (Contrasts, 2003). Compositeur né à Rio en 1943, figure de la deuxième génération de la bossa nova.
« Soda So Samba », Lo Greco Bros feat. Soulstance vs Anaflora (Bossa Jobim, 2013).
« A Origem Da Felicidade », Celso Fonseca (Natural, 2003). Guitariste et chanteur de Rio, longtemps guitariste de Gilberto Gil.
« Chega De Saudade », João Gilberto (Chega De Saudade, 1959). Chanson d’Antonio Carlos Jobim et Vinicius de Moraes, considérée comme l’acte de naissance de la bossa nova.
« Meu Destino (My Destiny) », Thievery Corporation (The Richest Man In Babylon, 2002). Duo de Washington formé en 1995 par Rob Garza et Eric Hilton.
« Jack Soul Brasileiro », Lenine (Na Pressão). Chanteur et guitariste né à Recife.
« Cadê Você (Max Cole & Beatnik Remix) », Sabrina Malheiros (Vibrasons). Chanteuse brésilienne, fille d’Alex Malheiros, bassiste du groupe Azymuth.
« Ambiente », Kruder & Dorfmeister (1995). Duo viennois. L’album, enregistré au milieu des années 1990, sort vingt-cinq ans plus tard.
« Samba Tranquille », Thievery Corporation (The Mirror Conspiracy, 2000).
« Todo Sobre Mi Madre », Alberto Iglesias (Todo Sobre Mi Madre, 1999). Compositeur né à Saint-Sébastien, compositeur attitré de Pedro Almodóvar.
« Paz », Troubleman feat. Nina Miranda (Time Out Of Mind). Troubleman est un alias du producteur britannique Mark Pritchard. Nina Miranda est la voix de Smoke City.
« Fiore De La Città », Seu Jorge (Cru, 2004). Chanteur de Rio, acteur dans La Cité de Dieu. Il chante ici en italien.
« Mi Magdalena », Eliades Ochoa y el Cuarteto Patria (Sublime Ilusión, 1999). Guitariste et chanteur de Santiago de Cuba, membre du Buena Vista Social Club.
« Salsa », Yuri Buenaventura (Yo Soy). Chanteur colombien installé en France, connu pour sa version salsa de « Ne me quitte pas » de Jacques Brel.
« Trejeitos », Jun Miyake (Innocent Bossa In The Mirror, 2000). Compositeur japonais, ici avec Arto Lindsay.
« Tout Est Bleu », Ame Strong (1993). Duo électro-pop français formé par Pascale Hospital et Andy Shafte. C’est leur plus grand succès.
« Minas De Cobre (For Better Metal) », Calexico (The Black Light, 1998). Groupe de Tucson, en Arizona, mené par Joey Burns et John Convertino.
« Tabú », Omara Portuondo (Flor De Amor, 2004). Chanteuse née à La Havane en 1930, membre du Buena Vista Social Club. Chanson de Margarita Lecuona.
« Quem Me Leva », Thievery Corporation feat. Elin Melgarejo (Saudade, 2014). Album entièrement consacré à la bossa nova.
« Simplesmente », Bebel Gilberto (Bebel Gilberto, 2004). Chanteuse née à New York, fille de João Gilberto et de Miúcha.
« Bobeira », Edson Frederico (Edson Frederico E A Transa, 1975).
« Parece Mentira », Katia B (Brazilian Lounge). Chanteuse brésilienne.
« Con Toda Palabra », Lhasa (The Living Road, 2003). Lhasa de Sela, chanteuse américano-mexicaine installée à Montréal, morte en 2010. Elle chante en espagnol, en anglais et en français.
« Saudade Fez Um Samba », Marissa (Brazilian Lounge).
Force 9 est l'émission rock de Radiophare — post-punk, brit-pop, indie, alternatif, garage. Une émission rock qui monte le volume le soir dès 16h et la nuit à partir de minuit, sept jours sur sept. Plus de 600 artistes, aucune concession.