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Naître des ruines, une Normandie filmée

today16.09.2026

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Naître des ruines : la Reconstruction filmée par les Normands eux-mêmes

La Marne, mon département d’origine, subit de nombreuses destructions pendant la Première Guerre mondiale. La Manche, mon département d’adoption, connaît le même sort pendant la Seconde.

Peut-être est-ce pour cela que Naître des ruines me touche d’une manière particulière. ICI Normandie diffuse ce nouveau volet de la collection documentaire Sous nos yeux, produite par Keren Production pour France Télévisions et racontée par Valérie Bonneton. Après Filmer la guerre, consacré aux années d’Occupation, place à la Reconstruction : de 1945 à 1960, quinze années où la Normandie panse ses plaies et réapprend à vivre.

Le film s’appuie sur un matériau rare. Des films de famille tournés en 16 et 8 millimètres, collectés au fil des décennies par Normandie Images et sortis de leurs tiroirs pour la première fois. Fernand Bignon, Guy Robert, Jean Haury, Henri Sergent : ce sont des amateurs, commerçant, horticulteur, médecin, enseignant, qui posent leur caméra sur le quotidien d’une région exsangue. Aucun professionnel derrière l’objectif, aucune mise en scène. Seulement des voisins, des cousins, des pères de famille qui veulent garder une trace.

Ils filment d’abord les baraquements. Ces logements provisoires, américains, britanniques, canadiens, ou ces cités suédoises et finlandaises, accueillent des centaines de milliers de Normands sinistrés en attendant la reconstruction de leur maison. Sur une bobine tournée à Hérouville-Saint-Clair, des enfants déguisés posent devant l’un de ces baraquements finlandais, l’un des logements d’urgence qui abritent alors des familles entières. Le rationnement, lui, se prolonge jusqu’en 1949. On manque de tout. Quatre-vingts ans après la fin du conflit, certains de ces baraquements tiennent toujours debout, et quelques-uns sont encore habités.

Mais la vie reprend son cours entre les gravats. À Falaise, une kermesse rassemble les habitants en août 1947. Dans les campagnes, un prisonnier allemand laboure encore les champs, tandis que les premiers tracteurs se vendent aux agriculteurs normands. Le grand chantier, lui, avance lentement : à Rouen, la première pierre de la reconstruction n’est posée qu’en 1952.

Puis le ton du documentaire change. À partir des années 1950, le baby-boom, la société de consommation, la voiture, le tourisme et les loisirs redessinent le quotidien normand. Jusqu’à un nouveau choc, celui de la guerre d’Algérie, en 1954, qui vient rappeler que la paix reste fragile.

Réalisé par Stéphane Miquel, Naître des ruines est le second volet de la collection Sous nos yeux, dont le premier film a reçu un Golden Panda Award du meilleur montage au festival de Chengdu. Une collection construite uniquement à partir d’images amateurs, un choix rare pour un documentaire historique.

Sur Radiophare, on aime ces images sans mise en scène. Elles disent une région, une génération, avec la sincérité d’un objectif tenu par des mains inexpertes. Pas de commentaire savant, pas de reconstitution : juste des Normands qui filment d’autres Normands, et qui nous laissent, par hasard, un morceau de notre histoire commune.

À découvrir ce jeudi 17 septembre à 22h45 sur ICI Normandie et disponible ensuite pendant un mois sur france.tv.

Un extrait à découvrir sur le site de France3 Régions

Écrit par: Olivier AHR

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