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Eugène Atget à l’honneur à Nantes

today24.08.2026 10

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Eugène Atget à l’honneur à Nantes

Du 25 septembre au premier novembre, la Quinzaine photographique nantaise fête sa trentième édition. Le festival choisit cette année le thème « Collection », en écho au bicentenaire de la photographie, et propose dans sa programmation une figure fondatrice du médium : Eugène Atget.

Un parcours sans rapport avec la photographie

Eugène Atget naît le 12 février 1857 à Libourne, en Gironde. Orphelin à cinq ans, il grandit chez ses grands-parents à Bordeaux. Adolescent, il embarque comme mousse sur des lignes desservant l’Amérique du Sud, puis rentre à Paris pour tenter le Conservatoire. Refusé une première fois, reçu l’année suivante, il devient acteur et rejoint en 1885 une troupe itinérante de comédiens. C’est sur les planches qu’il rencontre, en 1895, la comédienne Valentine Delafosse Compagnon, qui devient sa compagne.

Photographe à trente ans passés

Ce n’est qu’à la fin des années 1880 qu’Eugène Atget abandonne le théâtre pour la photographie. Il ouvre boutique et propose des « documents pour artistes » : des études de paysages, de plantes et d’architecture destinées aux peintres. À partir de 1897, il oriente son travail vers un inventaire méthodique du vieux Paris, menacé par les grands travaux d’urbanisme. Cette série, la plus célèbre de son œuvre, porte le titre « Paris pittoresque » et rassemble neuf cents clichés. Il en tire d’autres, consacrées aux petits métiers, aux jardins et aux devantures de magasins.

Chaque matin, seul, avec une chambre photographique 18×24 et des plaques de verre, il arpente les rues avant l’heure de pointe. Il numérote et classe ses tirages avec la rigueur d’un archiviste, et les vend à des institutions comme la Bibliothèque nationale, ainsi qu’à des artistes tels que Georges Braque, Maurice Utrillo ou Foujita.

Un cliché, une vitrine

Un des tirages les plus retenus de cette période tardive s’intitule « Magasin, avenue des Gobelins » (1925). Dans la vitrine d’un magasin de vêtements pour hommes, des mannequins immobiles se détachent devant un reflet d’arbres, de ciel et de la coupole de l’ancienne chapelle de la manufacture des Gobelins. Le verre confond l’intérieur et l’extérieur, la marchandise et le décor de rue. Eugène Atget photographie une devanture ; le résultat ressemble à une scène de théâtre vide de ses acteurs.

La reconnaissance vient de l’extérieur

De son vivant, Eugène Atget ne se réclame d’aucun mouvement artistique et présente son travail comme un simple travail de documentation. Son voisin de quartier Man Ray achète pourtant une quarantaine de ses tirages et en publie quatre dans la revue « La Révolution surréaliste », en 1926, dont un en couverture. Man Ray se souviendra qu’Eugène Atget lui aurait alors demandé de ne pas être crédité : « Ce sont simplement des documents que je fais. » Il meurt le 4 août 1927, à Paris, dans une relative pauvreté et un quasi-anonymat.

Une œuvre sauvée après sa mort

C’est l’assistante américaine de Man Ray, la photographe Berenice Abbott, qui rachète une grande partie des négatifs et tirages d’Eugène Atget après sa mort. Pendant des décennies, elle défend son travail, l’expose et le publie aux États-Unis, avant qu’une partie de ce fonds ne rejoigne le Museum of Modern Art de New York en 1968. Aujourd’hui, le musée Carnavalet à Paris conserve à lui seul plus de neuf mille tirages d’Eugène Atget, la plus vaste collection existante. L’ensemble de son œuvre connue, environ vingt-cinq mille photographies, forme le fonds le plus riche sur le Paris des années 1890 à 1930.

Eugène Atget à Nantes

Pour sa trentième édition, la Quinzaine photographique nantaise choisit « Collection » comme fil conducteur, en écho au bicentenaire de la photographie. Le festival situe Eugène Atget, aux côtés du photographe Lucien Roy, à l’origine de cette histoire des collections photographiques, qui va jusqu’aux pratiques contemporaines. Du 25 septembre au 1er novembre, l’entrée est gratuite dans l’ensemble des lieux partenaires, à Nantes et dans la région.

Sur Radiophare, on suit cette trentième Quinzaine avec l’idée qu’une simple vitrine de magasin, photographiée un matin de 1925, peut encore aujourd’hui arrêter le regard.

Photo © Eugène Atget, « Magasin, avenue des Gobelins » (1925), donation par le Metropolitan Museum of Art au site Wikimedia Commons.

Sources : Ann Thomas, « Les devantures de magasins d’Eugène Atget », Magazine du Musée des beaux-arts du Canada, 28 janvier 2026 ; festival-qpn.com ; Bibliothèque nationale de France ; Museum of Modern Art.

Photographie - Eugène Atget - Avenue des Gobelins - 1925
Eugène Atget – Avenue des Gobelins – 1925

Écrit par: Olivier AHR

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