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4 août 1967, premier album de Pink Floyd

today04.08.2026 1

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4 août 1967, Pink Floyd publie The Piper at the Gates of Dawn et invente sa propre aube

Il y a 59 ans, le 4 août 1967, un quatuor londonien encore quasi inconnu publie chez EMI Columbia un premier album au titre emprunté à un roman pour enfants. The Piper at the Gates of Dawn dure quarante-et-une minutes et deux secondes. Il n’a rien à voir avec le Pink Floyd que le monde découvrira six ans plus tard avec The Dark Side of the Moon, ni avec celui de The Wall ou Wish You Were Here. C’est un autre disque, plus étrange, plus fragile, très expérimental aussi. Le seul qu’ait vraiment tenu Syd Barrett, avant qu’il perde la raison sa raison.

Londres 1967, la contre-culture au sommet

L’année du Summer of Love bat son plein quand paraît le disque. Deux mois plus tôt sortait Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, enregistré dans le studio voisin par les Beatles. Un mois auparavant, le festival de Monterey lançait Jimi Hendrix et Janis Joplin aux États-Unis. Le LSD circule dans les circuits underground, la psychédélie déborde de la musique vers les affiches, la mode et le cinéma.

Pink Floyd s’est fait un nom sur cette scène londonienne. Formé en 1965 par Syd Barrett à la guitare et au chant, Roger Waters à la basse, Nick Mason à la batterie et Richard Wright aux claviers, le groupe a construit sa réputation à l’UFO Club de Tottenham Court Road, avec de longues improvisations, des projections liquides, des bandes magnétiques manipulées en direct. En mars 1967, un premier 45T, « Arnold Layne », entre dans les charts britanniques. En juin, « See Emily Play » atteint la sixième place.

Abbey Road, à quelques mètres de Sgt. Pepper

Les sessions se déroulent aux studios EMI d’Abbey Road, à Londres, du 21 février au 21 mai 1967. La production est confiée à Norman Smith, ancien ingénieur du son des premiers disques des Beatles. Dans le studio voisin, ces derniers achèvent leur chef-d’œuvre. Les deux groupes se croisent dans les couloirs, se rendent visite dans les cabines.

Le titre du disque est proposé par Syd Barrett lui-même. Il fait référence au chapitre sept du roman Le Vent dans les saules de Kenneth Grahame, publié en 1908, dans lequel le dieu Pan joue de sa flûte à l’aube. La pochette est signée par le photographe Vic Singh, qui utilise pour l’occasion une lentille prismatique offerte par George Harrison. L’effet kaléidoscopique multiplie les visages des quatre musiciens sur un fond noir.

Un joueur de flûte annonce des planètes au mégaphone

Le disque s’ouvre sur « Astronomy Domine ». Cela commence par un souffle, presque un bruit blanc. Puis une voix filtrée par un mégaphone récite dans le lointain des noms de planètes et de constellations, Jupiter, Saturne, Titan, Oberon, Miranda, mêlés à quelques bribes plus prosaïques. Cette voix, c’est celle de Peter Jenner, l’un des deux managers du groupe. Il lit un atlas d’astronomie. À dix-neuf secondes, du code morse (que l’on retrouvera 12 ans plus tard sur le « Planet Claire » des B-52’s). À vingt-six secondes, la batterie de Nick Mason entre en trombe, la Fender Esquire de Syd Barrett imprime son motif sur la chanso,, et l’album décolle vraiment. En une minute à peine, tout ce que Pink Floyd est déjà et sera pour longtemps: des expérimentations sonores, de l’astronomie amateur et des mélodies qui ne s’oublient pas facilement.

Syd Barrett signe seul huit des onze titres, dont « Astronomy Domine », « Lucifer Sam », « Matilda Mother », « Flaming », « The Gnome », « Chapter 24 », « The Scarecrow » et « Bike », ce dernier se refermant sur un collage sonore d’horlogerie détraquée et de cris d’animaux qui reste, pour beaucoup d’auditeurs, l’un des passages les plus déroutants de tout l’album. Les trois autres pistes sont « Take Up Thy Stethoscope and Walk », écrite par Roger Waters, et deux longues improvisations collectives, « Pow R. Toc H. » et l’imposante « Interstellar Overdrive », neuf minutes et quarante secondes de rock expérimental où la guitare descend une gamme obsédante avant de se dissoudre dans un chaos électrique.

Sixième au Royaume-Uni, 131ème aux États-Unis

À sa sortie, The Piper at the Gates of Dawn atteint la sixième place du classement britannique. Aux États-Unis, où il paraît dans une version modifiée sous le titre Pink Floyd, il grimpe seulement à la 131ème place du Billboard 200. Ces chiffres, très modestes rapportés aux triomphes ultérieurs, ne rendent pas justice à l’impact réel du disque. Il devient dès la fin des années 60 une référence pour toute une génération de musiciens: David Bowie, The Cure, le krautrock allemand, la scène post-punk anglaise. Le magazine Rolling Stone le classe en 2020 à la 253ème place des 500 plus grands albums de tous les temps.

C’est aussi le seul album du groupe où David Gilmour n’apparaît pas. Le futur guitariste, ami d’enfance de Syd Barrett, ne rejoint la formation qu’en janvier 1968, alors que Syd, rongé par une consommation massive de LSD et par la sévère dégradation de son état psychologique, s’éloigne progressivement de ses camarades. Il est officiellement remercié en avril de la même année.

Sur Radiophare, on aime beaucoup ce premier album, peut-être davantage encore que les grands classiques d’après. Il a quelque chose que les disques suivants n’ont plus tout à fait. Une fraicheur et  une innocence presque enfantine, une manière d’inventer la psychédélie plutôt que de la codifier. Syd Barrett n’y est pas encore le mythe tragique qu’il deviendra. Il est juste un jeune homme de vingt-et-un ans qui joue avec les mots, les planètes, les lentilles prismatiques et les gnomes.

La piste onze…

L’histoire de Pink Floyd s’écrira ensuite sans lui. Cinq décennies d’activité, des tournées géantes, des cochons volants au-dessus de Battersea Power Station, des lasers, un gtznd mur. Mais quand on écoute une fois de plus la piste onze de ce premier album, quand « Bike » se termine sur son étrange collage d’horloges détraquées et de cris d’animaux, on comprend que Syd Barrett en savait déjà, à sa manière, beaucoup plus long que ce que ses vingt-et-un ans ne laissaient à penser.

Pink Floyd – Photo © Vic Singh pour l’album « The Piper at the Gates of Dawn » 1967

Sur Radiophare, retrouvez régulièrement les grands titres de Pink Floyd, de « Astronomy Domine » à « Comfortably Numb », en passant par « Money » et « Wish You Were Here » et tous les autres…

Écrit par: Olivier AHR

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