Le clin d'œil du jour

Le silence de 1 000 musiciens contre l’IA

today14.09.2026 4

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Le silence de 1 000 musiciens contre l’IA

Le 8 septembre 2026, le chercheur Jacob Coxon, passé par OpenAI puis par Anthropic, démissionne du secteur de l’intelligence artificielle. Sur les réseaux sociaux, il dénonce des laboratoires qui « foncent tout droit vers une superintelligence auto-améliorante, en jouant avec nos vies » (racing straight to self-improving superintelligence and gambling with our lives), rapporte CNN. Son message est vu plus de cent millions de fois. Il s’ajoute à une série de démissions marquantes chez OpenAI et Anthropic cette année, sur fond d’inquiétudes croissantes autour des risques de l’IA. Ces démissions qui s’enchaînent et ces doutes qui s’installent m’amènent à rappeler cette prise de position de nombreux musiciens.

Il y a six mois, le 18 mars 2026, le gouvernement britannique renonce à l’option qu’il défendait depuis plus d’un an : permettre aux entreprises d’intelligence artificielle d’entraîner leurs modèles sur des œuvres protégées par le droit d’auteur, sauf opposition explicite des ayants droit. Cette décision, encore provisoire, arrive après une mobilisation inhabituelle du monde de la musique.

Un album sans chanson

Le 25 février 2025, jour même de la clôture d’une consultation publique du gouvernement sur le sujet, plus de 1 000 musiciens publient un disque qui ne contient aucune musique. Son titre, Is This What We Want?, sort chez Virgin Music Group. Il compte douze pistes, toutes enregistrées dans des studios et des salles de concert vides. On y entend des bruits de pas, le ronronnement d’une machine, une voiture qui passe au loin, un bébé qui pleure quelque part dans un bâtiment désert, et parfois, très loin, quelque chose qui ressemble vaguement à de la musique.

Les douze titres, mis bout à bout, forment une phrase : « The British Government Must Not Legalise Music Theft To Benefit AI Companies. » Tous les profits du disque sont reversés à l’association caritative Help Musicians.

Kate Bush, Annie Lennox et plus de mille autres

Le projet réunit, entre autres, Kate Bush, Damon Albarn (Blur, Gorillaz), Annie Lennox, Hans Zimmer, les Pet Shop Boys, Jamiroquai, Yusuf / Cat Stevens, Billy Ocean, The Clash, New Order et Tori Amos, aux côtés d’ensembles comme le Royal Albert Hall ou le Royal Liverpool Philharmonic Orchestra. Il est organisé par le compositeur Ed Newton-Rex, fondateur de l’organisation Fairly Trained, qui certifie les entreprises d’IA entraînées sur des données sous licence. Ancien vice-président du département audio de Stability AI, il démissionne en 2023, en désaccord avec la position de son employeur selon laquelle l’entraînement de modèles d’IA sur des œuvres protégées relève du fair use.

Kate Bush enregistre l’un des douze morceaux dans son propre studio. Sur son site, elle écrit : « In the music of the future, will our voices go unheard? » (Dans la musique du futur, nos voix seront-elles inaudibles ?), rapporte le Guardian.

Une mobilisation qui s’étend

En novembre 2025, Paul McCartney enregistre à son tour un morceau silencieux, ajouté en face B de l’édition vinyle du disque, distribuée par le label The state51 Conspiracy et vendue 28 £ (≈ 33 € valeur 2025), toujours au profit de Help Musicians. En janvier 2026, les ministres Liz Kendall et Lisa Nandy reconnaissent devant la Chambre des Lords que le gouvernement avait eu tort d’afficher une préférence pour l’option contestée. Début mars 2026, la commission Communications et numérique de la Chambre des Lords recommande à son tour de l’écarter, au profit d’un système fondé sur les licences.

Un rapport, pas encore une loi

Le 18 mars 2026, le gouvernement publie son rapport officiel sur le droit d’auteur et l’intelligence artificielle, une obligation légale inscrite dans le Data (Use and Access) Act 2025. L’option la plus controversée, celle d’une exception large avec opposition possible des ayants droit, n’est plus retenue. Mais aucune loi n’est votée pour autant : le gouvernement dit vouloir recueillir davantage de données avant de trancher, dans un secteur créatif qui pèse 124 milliards de livres (≈ 143 Md€ valeur 2026) par an au Royaume-Uni.

En attendant une décision, l’album reste disponible en streaming. Sur le pressage vinyle, la face B porte la signature de Paul McCartney : quelques minutes de silence, elles aussi enregistrées dans un studio vide.

Source : Dan Milmo, « Kate Bush and Damon Albarn among 1,000 artists on silent AI protest album », The Guardian, 25 février 2025.

Le site du collectif ici…

Écrit par: Olivier AHR

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