Arts

Fondation Maeght, l’art né d’une amitié

today24.08.2026 5

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Un lieu né d’un chagrin

Il y a 62 ans, le 28 juillet 1964, André Malraux inaugure sur les hauteurs de Saint-Paul-de-Vence un bâtiment que rien, dix ans plus tôt, ne laissait présager. Cette histoire commence dans la douleur. En 1953, Bernard Maeght, onze ans, meurt d’une leucémie. Ses parents, Aimé et Marguerite Maeght, marchands d’art et éditeurs installés à Paris, sombrent dans le chagrin et se retirent sur la colline de Saint-Paul, près de Cannes, où ils possèdent déjà une maison.

C’est leur ami Georges Braque qui les pousse à agir. Il leur propose de bâtir, sur ce terrain, un lieu neuf, pensé pour la lumière et l’espace, où sculpteurs et peintres pourraient enfin montrer leur travail sans contrainte commerciale. « Faites quelque chose ici, quelque chose qui n’aurait pas de but spéculatif, qui nous permettrait à nous les artistes d’exposer de la sculpture et de la peinture dans les meilleures conditions possibles de lumière et d’espace. Faites-le, je vous aiderai. », leur dit-il.

Un village pour les artistes

Sur les conseils de Fernand Léger, le couple part alors visiter les grandes fondations américaines : la fondation Barnes, la collection Phillips, le musée Guggenheim. L’idée prend forme. Joan Miró, proche de la famille depuis 1947, leur présente l’architecte catalan Josep Lluís Sert, qui vient de construire son atelier à Palma de Majorque.

Sert imagine un ensemble de bâtiments bas, reliés par des patios et des terrasses qui suivent la pente naturelle du terrain, à la manière d’un village. En débroussaillant le terrain, l’équipe découvre les ruines d’une modeste chapelle dédiée à saint Bernard. Aimé Maeght y voit un signe. La chapelle est reconstruite et devient le cœur autour duquel s’organise tout le reste : bibliothèque, librairie, salles d’exposition, ateliers de gravure et de céramique. Georges Braque et Raoul Ubac y dessinent des vitraux (réalisés par Charles Marq dans les ateliers Simon à Reims). Raoul Ubac sculpte également les quatorze stations d’un chemin de croix en ardoise.

Le 28 juillet 1964, la Fondation Marguerite et Aimé Maeght ouvre ses portes. Reconnue d’utilité publique par décret ministériel du 15 mai de la même année, elle devient la première fondation privée d’art moderne en France.

Calder sous les pins, Giacometti dans la cour

Dès l’entrée, le parc plante le décor : une pinède où, contre les murs blancs et ocre du bâtiment, se détache le noir d’une sculpture d’Alexander Calder. Un mur de mosaïque signé Tal-Coat sépare le jardin des sculptures, où se mêlent aussi des œuvres de Barbara Hepworth.

La visite se poursuit par la cour Giacometti, où se dressent l’Homme qui marche et la Femme debout, sculptures conçues spécialement pour ce lieu. Plus loin, le Labyrinthe Miró aligne, le long d’une promenade, 250 sculptures et céramiques imaginées par l’artiste pour la Fondation. Sur un mur extérieur de la librairie, Marc Chagall compose la mosaïque Les Amoureux. Dans le café, le mobilier est signé Diego Giacometti, frère du sculpteur, et sert encore aujourd’hui.

Une collection toujours vivante

La Fondation rassemble aujourd’hui plus de 13 000 œuvres, entièrement financée par la famille Maeght, sans subvention d’État. Selon la journaliste Leïla Beratto, elle accueille chaque année environ 150 000 visiteurs, avec une équipe de douze personnes seulement. En 2024, pour ses 60 ans, une extension souterraine conçue par l’architecte Silvio d’Ascia lui offre 500 mètres carrés supplémentaires dédiés à la collection permanente.

Un lieu qui m’accompagne

Cette fondation naît 42 jours après moi. Chaque été, enfant puis adolescent, je retrouvai avec impatience le chemin qui monte vers elle, sous les mêmes pins, avec le même chant de cigales et de la brise légère dans les pins. Je me souviens du contraste entre le noir du bronze de Calder , le vert des pelouses et l’ocre des murs, du silence particulier dans les jardins et du clapotis dans la fontaine imaginée par Miró. Je me souviens, entre autre, de Paul Klee, de la découverte des grandes toiles de Nicolas de Staël, du choc devant celles d’Otto Dix, des œuvres de Max Ernst et de l’art informel d’Antoni Tàpies. Ce lieu compte parmi ceux qui me sont les plus chers, peut être même le plus important. Si cela avait été possible, ce que je sais ne jamais pouvoir arriver, j’aurais aimé que mes cendres reposent un jour dans ces jardins, sous les pins, près du stabile de Calder.

Photo © Fondation Maeght : Alexander Calder, stabile « Les renforts » (1964)

Sources : Fondation Maeght – Le Point « La saga Maeght » août 2014 – Leïla Beratto, « À 60 ans, la Fondation Maeght se refait une jeunesse », Art Basel, 22 août 2024.

Écrit par: Olivier AHR

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