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2 août 1962, Bob Dylan officialise son nom

today02.08.2026 1

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The Times They Are A-Changin’

2 août 1962, quand Robert Zimmerman devient légalement Bob Dylan

Il y a soixante-quatre ans, un jeune homme de vingt-et-un ans quitte le Supreme Court Building de Manhattan sous une identité nouvelle. Robert Allen Zimmerman, né le 24 mai 1941 à Duluth, dans le Minnesota, vient d’y déposer les papiers officialisant son changement de patronyme. À la sortie du tribunal, ce 2 août 1962, il est désormais Bob Dylan aux yeux de l’état civil américain. Cinq mois seulement après la parution de son premier album, une simple formalité administrative scelle la naissance publique d’un des noms les plus influents de la musique du XXe siècle.

Un pseudonyme déjà installé depuis Greenwich Village

Bob Dylan ne naît pas ce 2 août 1962. Le pseudonyme circule depuis longtemps déjà. Robert Zimmerman l’a adopté dès son arrivée à l’université du Minnesota en septembre 1959, avant même de rejoindre New York en janvier 1961 et de s’installer dans les cafés folk de Greenwich Village. Dans son autobiographie « Chronicles Volume One » parue en 2004, il raconte qu’à la première question sur son nom dans les Twin Cities, il répond instinctivement « Bob Dylan », sans réfléchir.

L’origine exacte du choix reste discutée. Dylan évoque tour à tour un article sur le musicien de jazz David Allyn, la découverte des poèmes du Gallois Dylan Thomas, la sonorité forte de la lettre D, ou encore la déformation de son second prénom, Allen. Il envisage un temps « Robert Allyn » avant d’arrêter son choix définitif. Interrogé en 1965 par le Chicago Daily News sur une éventuelle influence de Dylan Thomas, il rétorque qu’il a plutôt pris ce nom en pensant à un oncle appelé Dillion, dont il a modifié l’orthographe. Comme souvent avec Dylan, la vérité se dérobe.

Cinq mois après un premier album confidentiel

Le geste administratif de ce 2 août 1962 intervient dans un contexte précis. En mars de la même année, Columbia Records a publié son premier album, sobrement intitulé « Bob Dylan ». Le disque a été enregistré en trois séances les 20 et 22 novembre 1961, dans les studios de la 7ème Avenue à New York, pour un budget de seulement 402 dollars (≈ 3 700 € valeur 2026). Il est produit par John Hammond, celui-là même qui a signé Billie Holiday à la fin des années 1930 et qui découvrira quelques années plus tard Bruce Springsteen.

Le disque est un échec commercial. Il n’entre dans aucun classement et ne se vend qu’à environ 5 000 exemplaires la première année. Il contient essentiellement des reprises de standards folk comme « Man of Constant Sorrow » et « Pretty Peggy-O », et deux compositions originales seulement, « Talkin’ New York » et « Song to Woody », hommage à Woody Guthrie. Chez Columbia, certains parlent déjà de « Hammond’s Folly », la lubie de Hammond. Pourtant, quand Zimmerman se rend au tribunal en août, Hammond est déjà en train de le ramener en studio pour préparer la suite.

L’explication publique, deux ans plus tard

Dylan lui-même reviendra sur son changement de nom dans un entretien accordé à CBS en 2004. Il y déclare qu’à la naissance on hérite parfois des mauvais noms et des mauvais parents, que chacun peut choisir de s’appeler comme il l’entend, et que c’est bien cela le pays de la liberté. Une phrase qui, plus qu’une justification, ressemble à une profession de foi.

Dans un entretien inédit avec son ami Tony Glover dont la transcription refait surface en 2020, il livre une autre raison, plus profonde. Il explique qu’il lui fallait un personnage suffisamment fort pour que le public y croie, quelque chose de plus grand et de plus symbolique que sa personne quotidienne. Il évoque également son expérience de l’antisémitisme dans une Amérique des années 1950 encore hostile.

La suite est connue

Un an après la formalité de Manhattan sort « The Freewheelin’ Bob Dylan » avec « Blowin’ in the Wind » et « A Hard Rain’s a-Gonna Fall ». L’album se hisse à la 22ème place du Billboard 200 et impose définitivement Dylan comme la voix d’une génération. Suivent « The Times They Are a-Changin' » en 1964, « Bringing It All Back Home » et « Highway 61 Revisited » en 1965, « Blonde on Blonde » en 1966, et une œuvre discographique qui ne s’arrêtera plus.

Entrée au Rock and Roll Hall of Fame en 1988. Médaille présidentielle de la Liberté en 2012. Prix Nobel de Littérature en 2016. Plus de 125 millions de disques vendus dans le monde. Une œuvre qui traverse six décennies sans jamais retomber dans les mêmes ornières.

Le pays de la liberté

Ce 2 août 1962, à Manhattan, il n’y a ni caméra ni journaliste. Juste un jeune homme de 21 ans qui signe des papiers dans un tribunal, et repart avec un autre nom sur ses documents officiels. Robert Zimmerman n’a plus jamais officiellement existé. Bob Dylan, lui, ne s’arrêtera plus.

Photo Bob Dylan © Barry Feinstein pour l’album « The Times They Are A-Changin’  »

Sur Radiophare, retrouvez régulièrement les grands titres de sa discographie, de « Blowin’ in the Wind » à ses derniers albums.

Écrit par: Olivier AHR

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